Dans un contexte de crise économique persistante, d’instabilité sécuritaire et de guerre qui pèsent lourdement sur le pays, le secteur touristique libanais tente de survivre tant bien que mal. Restaurants, cafés, night-clubs et pâtisseries continuent de fonctionner malgré une réalité devenue étouffante.
Dans cet entretien accordé à Ici Beyrouth, Tony Rami dresse un constat alarmant de la situation actuelle, évoquant les pertes colossales du secteur, l’effondrement du pouvoir d’achat, la disparition progressive de la classe moyenne ainsi que l’urgence de réformes profondes pour sauver ce qui reste de l’économie libanaise.
Dès le début de l’entretien, Tony Rami souligne que malgré l’ampleur des crises traversées par le Liban, le secteur touristique refuse de céder complètement.
« Malgré la crise, les guerres et les problèmes économiques, beaucoup de restaurants et cafés continuent de travailler. Nous avons encore l’espoir et nous croyons au tourisme au Liban », affirme-t-il.
Selon lui, le Liban a perdu une grande partie de son rayonnement touristique à cause des conflits régionaux, des divisions politiques et de l’effondrement économique, mais conserve néanmoins des éléments fondamentaux qui continuent d’attirer les visiteurs : sa beauté, son identité et l’hospitalité de son peuple.
Pour Tony Rami, le secteur touristique vit aujourd’hui une véritable gestion de crise permanente, sans vision économique claire ni perspective d’avenir.
Il décrit une situation marquée par l’incertitude, où de nombreuses entreprises peinent à maintenir leurs activités dans un contexte d’instabilité continue. Malgré cela, les établissements touristiques tentent encore de résister afin d’éviter une vague massive de fermetures.
Les pertes quotidiennes sont considérables. Selon les chiffres avancés par le président du syndicat, l’économie libanaise perd chaque jour entre 70 et 80 millions de dollars, tandis que le secteur touristique à lui seul enregistre des pertes estimées entre 15 et 20 millions de dollars par jour.
Il rappelle également qu’en 2010, considérée comme la meilleure année touristique de l’histoire du Liban, le pays avait accueilli plus de 2,1 millions de touristes et généré près de 9,7 milliards de dollars de revenus touristiques. Un modèle que le Liban a progressivement perdu avant de sombrer dans une économie du cash et du désordre financier.
Interrogé sur les restaurants et lieux touristiques affichant parfois complet durant les week-ends, Tony Rami insiste sur le fait que cette image ne reflète pas la réalité du secteur.
« Le fait que certains établissements affichent complet ne signifie absolument pas que le secteur va bien », explique-t-il, soulignant la forte baisse du pouvoir d’achat et la disparition progressive de la classe moyenne, qu’il considère comme le moteur principal de l’économie libanaise.
Selon lui, les revenus des établissements touristiques ont fortement chuté, même si certaines régions semblent encore animées durant les fins de semaine.
Face à l’explosion des coûts d’exploitation, notamment ceux liés à l’énergie, au carburant, au transport et aux matières premières, de nombreux établissements ont été contraints d’adopter des plans d’urgence.
Tony Rami explique que les restaurants et cafés ont réduit leurs dépenses ainsi que leurs volumes opérationnels afin d’assurer leur continuité. Mais cette stratégie atteint aujourd’hui ses limites.
« La poursuite de la guerre et de l’épuisement économique pousse de nombreux établissements vers une fermeture progressive », avertit-il.
À cela s’ajoute l’impossibilité d’augmenter les prix, le pouvoir d’achat des consommateurs ayant considérablement diminué.
Le président du syndicat évoque également le recul du marché des services de livraison, autrefois considéré comme un levier de survie pour de nombreux établissements.
Selon lui, le secteur du delivery a enregistré une baisse d’environ 40 % par rapport aux périodes précédentes, avec une diminution notable du nombre de commandes quotidiennes et du montant moyen des dépenses des clients.
Pour Tony Rami, le départ des travailleurs qualifiés constitue également une perte majeure pour le tourisme libanais.
« Nous considérons ces travailleurs comme de vrais partenaires de production », explique-t-il, rappelant leur rôle essentiel dans l’image et la qualité du secteur touristique au Liban.
Il insiste également sur les conséquences dramatiques de l’érosion de la classe moyenne, qui représentait historiquement une part essentielle de la clientèle du secteur touristique. Aujourd’hui, de nombreuses familles ne peuvent plus sortir, voyager ou consommer comme auparavant.
Malgré ce tableau sombre, Tony Rami estime que le Liban possède encore un potentiel touristique exceptionnel grâce à sa nature, sa gastronomie, ses ressources humaines et la présence des Libanais à travers le monde.
Mais pour lui, toute relance reste impossible sans stabilité sécuritaire et politique.
« Le choix est aujourd’hui clair entre la guerre et l’effondrement ou la paix et la prospérité », affirme-t-il.
Il appelle à des réformes profondes et à une reconstruction de l’État sur des bases modernes et durables afin de permettre au pays de retrouver son attractivité touristique et économique.
« Nous espérons que cette guerre sera la dernière de nos souffrances et que le Liban pourra enfin vivre dans la paix, la stabilité et retrouver l’espoir d’un avenir meilleur. »